PHILHARMONIE : TRIO (89-91)

Dès le moment où nous nous sommes retrouvés à trois, nous avons retravaillé les titres déjà composés pour continuer à interpréter notre répertoire en concert. Parallèlement, la nouvelle formation nous a inspiré une nouvelle sonorité, dont la première manifestation fut « Les Éléphants Carillonneurs », morceau ternaire d'ailleurs, où les trois guitares tantôt se superposent, tantôt se poursuivent, s'échangeant les notes dans un contrepoint à la fois mélodique et rythmique, mélodies et lignes de basse étant créées par interpénétration de chacune des parties.

Cette forme de composition s'est retrouvée dans la plupart des titres qui ont suivi, jusqu'à « Rage » ; nous cherchions à créer un corps unique, comme un seul instrument, un carillon ou un gamelan, dans lequel les personnalités disparaissaient au profit d'une unité sonore homogène.

Pour les auditeurs, trio de guitare signifiait, avant de nous entendre, démonstration technique avec solos interminables à la MacLaughlin, Di Meola, De Lucia, nous faisions exactement le contraire.
Ce qui ne nous a pas empêché de trouver un public enthousiaste qui, à Nice et ailleurs nous a soutenu jusqu'à l'arrêt du groupe.

Par contre, trois guitaristes qui jouaient autre chose que du jazz ou du jazz-rock semblait incongru pour la plupart des organisateurs de concerts.

Nous étions souvent obligés de nous présenter comme un trio de jazz pour avoir une chance d'être pris au sérieux.

Le fait de ne pas correspondre à un modèle a beaucoup nui à ce groupe, qui se voulait justement faire une musique sans frontières. La comparaison avec King Crimson, inévitable, était bien moins pertinente que la filiation avec Steve Reich qui, elle avait un sens au moins sur le plan technique.

Toutefois, nous avons eu l'occasion d'étrenner un tout nouveau festival à Beausoleil, petite ville près de Monaco, dans lequel beaucoup de moyens avaient été mis en oeuvre. C'était le moment rêvé pour enregistrer notre premier CD, live et en auto-production, avec l'aide de Frédéric Bétin, propriétaire du Studio 26 à Antibes rencontré tout récemment, qui accepta de venir sur place avec un D.A.T.

Le concert fut satisfaisant, malgré le fait que nous avions oublié de jouer un de nos titres préférés : « Campanile ». Le CD s'appellerait « Beau Soleil » et Jean-Charles Cohen a, comme avec Shylock, pris en main la réalisation de la jaquette, à partir d'un tableau de Joëlle Vinciarelli, une amie du groupe (également une amie de Shylock en son temps).

Le disque gravé, il fallait essayer de trouver un éditeur ou un label pour le sortir, ce qui se révéla beaucoup plus long et ardu que prévu. Nous avons d'abord signé en édition avec un label de Marseille qui ne nous a pas été très utile, mais ce disque nous a permit d'entrer en contact avec Cuneiform Records aux E.U. qui l'a pris en distribution et a signé pour le CD suivant, « Les Éléphants Carillonneurs ».